Je pensais avoir laissé les jours venteux derrière moi, en quittant le sable fin des plages calaisiennes pour la cuvette tanquée entre Croix-Rousse et Fourvière. Je me souviens des marches dominicales et leurs bourrasques de mille dards de silice, mettant mon visage bambin au supplice, pourtant paré d’une cagoule en laine orange fluo, ne me protégeant que d’être élégant. Le souffle était quotidien en réalité, du lundi au lundi, de janvier à janvier, il n’y a qu’un jour dans l’année au nord, et tous les climats à la fois, poussés par la compagnie d’Eole. Je croyais donc à une calme saison au pays des bouchons.
Dix jours qu’il souffle ici froid et sec, et plus de vingt ans que cette ville m’essouffle d’effroi et d’échec. A trente ans, vent dans le dos, j’étais porté par l’espérance de ciels moins bas et d’enjoliveuses promesses. Rapidement des vents contraires, contrariante carrière. Puis vinrent des variantes, des vents porteurs, du vent debout, dans les voiles parfois, des vents mauvais. Des rafales comme des vagues, les scélérates vous laissent pantelant. D’où qu’elle vienne, plus qu’à mon tour j’embrasse la bise. De briques n’étant pas faite, comble septentrional, ma vie de paille vole, de nuit comme de jour.
Devant l’évidence, je me rends, de vents, nous sommes faibles. Contre vents, hordes extrêmes et marées noires, nous tentons d’avancer. Partout le souffle court. Ceux qui brassent de l’air, celles qui soufflent le chaud et le froid en sont-ils responsables ? D’ailleurs nos boites ne sont pas exemptes de souffle. Parfois elles en sont à bout, puis elles en retrouvent un nouveau, ou alors des vents de panique emporteront tout. Ce vent saoule, gonfle, ploie, plie, il épuise, il vitalise. Il décoiffe d’un côté, il recoiffe de l’autre. L’air de rien, il rend fou mais une fois en poupe, il nous grise et redonne des couleurs. Il est à l’ouest, au sud et au nord. Je n’envie pas ceux pour qui le vent souffle toujours du même côté. J’envie l’oyat. Bon vent, je nous souhaite !




