Sans prendre à la nature

Pommier Hou Pei

Grand écran végétal

Au milieu du jardin, se trouve une merveille. Une demi-sphère un peu oblongue, de lignine et de chlorophylle composée, trône, centrale. La chose est reliée à la terre par plusieurs cylindres biscornus. Tel un vaisseau Alien installé au dessus d’une métropole états-unienne dans un nanard anthropocentré, le Pommier du Hou Pei impose son ailleurs à mon autochtone humanité. Il n’est ni le plus haut, ni le plus beau. Il n’est pas performant. Il était là avant. Il n’a rien d’autre à me donner que ce qu’il est. L’arbre est maintenant au centre de mon attention et mon existence gravite autour de ses impériales manifestations. Blockbuster végétal, bien installé, depuis mon lit je me régale.

Auberge espagnole

C’est l’hiver qu’il a commencé à me captiver. Nu comme un vers, les dernières feuilles balayées par les vents froids, il s’est trouvé une âme de refuge pour les passereaux par la grâce d’un petit rade installé à une branche, où l’on sert des graines. Le balai fascinant des oiseaux affamés occupe longtemps mes dimanches matinées. Tous y passent : des mésanges se mettent au charbon, hyper-activées. Un rouge-gorge timide sort de la haie et s’avance quand les autres n’ont plus faim. Un geais repli ses ailes bleues pour s’y poser et secouer l’édifice boisé. Au pied, des pinsons, moins gais que je n’imaginais, picorent piteusement les miettes négligées. Ils cessent leur trafic quand débarquent les pies, se méfiant des képis, dépités ils fuient. En planque derrière la baie vitrée, je mate ma série préférée.

Loca Terre

Le printemps, c’est le sacre du fruitier. Ses fleurs si fuschia qu’elles invitent les abeilles qui trainent à replonger. La came est là. Toutes ont le nez dedans. De loin j’entends le bourdonnement de leur délicieuse addiction. Je garde mes distances, je les laisse à leurs ablutions. Quelques gouttes tombent, pluie de pétales, laissent la place aux feuilles rougissantes. J’assiste lentement, humainement impuissant, à son lent verdissement vers les chaleurs de l’été. Je ne peux rien en tirer. Pas un fruit comestible. Ce n’est que l’ombre de lui-même que je peux emprunter. Sa fraîcheur m’est offerte, il me tolère, je vais m’y reposer. Il n’est pas à moi, je ne peux le posséder, je ne peux rien en faire, c’est sa nature. Je suis arrivé sur sa terre, je ne suis que son locataire. Je ne fais que passer autour du pommier.

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