Rail de côte
C’est dans un port qu’est né l’abandon. C’est ici qu’il se répand sur des pavés usés et depuis longtemps oubliés. À perte de vue, d’inutiles plaines de béton, délaissées pour un quai moderne, une grue dernier cri, une capitainerie dernier gris. Un peu plus loin, des étendues zébrées de rails centenaires qui survivent en faisant parfois chuter un cycliste. La rouille déteint depuis la nuit des temps sur quelques touffes adventices. Au loin, clignote l’agitation nocturne d’un ferry féérique, la promesse lumineuse d’un ailleurs.
Tripes advisor
Il y a une fébrilité, au port. Un commencement et une fin qui dérangent. Une pointe d’angoisse qui agace. Un brin d’espoir trop bavard. A la roulette littorale, on peut gagner. On peut. Il faudra qu’il y ait un cap. Point. Barre. J’y retrouve toujours un lendemain possible et un hier fané. J’y suis bien et pourtant je ne peux pas y rester. Ici aussi, le chant des sirènes te rejette à la mer. Les drisses claquent au revoir. Les vieux rafiots font la danse du vent, du balais, oust !
Mage élan
Lui reste là. Le port regarde l’époque s’enfuir et s’envoyer en l’air. Balance-le. Lui et ses bittes, ses rades sordides, ses accents cinglants, ses souvenirs poisseux. Il te laissera partir, chercher des Indes indécises. Tous les mêmes, les ports sont des jumeaux arrogants de perpétuité qui te condamnent à mer. Ils forcent la bravoure car c’est entre eux que la vie se passe. Un frisson me parcoure l’échine. La bourrasque s’éternise. Il est temps d’embarquer et de quitter nos certitudes de fonte qui font dérailler l’ancien monde.




