Une créature hybride
Pataugeant souvent dans la jungle des grandes villes néolibérales, l’animal gobe une chose : le savoir n’est pas encore vain. Même en vingt-six. Connaissez-vous cette espèce ? Le poil grisonnant, l’épiderme détendu, l’expérience en bandoulière et l’espoir chevillé au corps : mesdames et messieurs (et les autres), je vous présente l’amphi-biz adulte. Identifier l’étymologie de l’espèce n’est pas une tâche si difficile puisque c’est ici que vous lirez pour la première fois ce néologisme. Il se distingue donc par son appétit féroce de connaissance, voire de diplômes, et le comportement qu’il adopte pour assouvir sa faim : la reprise d’étude. C’est la partie amphi. Par ailleurs, il est souvent plus ou moins actif dans quelques formes d’affaires professionnelles, identifiées ici par le suffixe « biz » (pour business, vous me suivez).
Drôle d'oiseau migrateur
Ce qui caractérise le spécimen étudié c’est donc son degré de maturité : plutôt avancé. Il est une tautologie en soi, puisque c’est son âge qui définit son statut « business ». On connait moins de spécimens « biz » chez les plus jeunes. Bref. L’amphi-biz migre une fois l’année, le plus souvent à la fin de l’été (mais il arrive que ce soit avant le printemps) pour retrouver ses semblables dans son nouveau milieu naturel : le lieu de formation. Timide à son arrivée, malgré son bagage, l’individu toise son alter-ego. Tancé par ses tuteurs qui bousculent ses habitudes individualistes en les enjoignant de se rassembler en petits groupes de travail. La coopération est de mise, de gré ou de force, pour dépiauter les nouveaux savoirs et s’alimenter durablement. Très vite, l’adulte reprend des habitus d’antan : cri moqueur adressé aux profs, râles réguliers face aux plannings, soupirs d’incompréhension, connivences nouvelles en altitude, fous rires dans les travées. Ils sont tellement mignons… à leur âge.
Marathonien ambidextre
Parallèlement, l’amphi-biz doit donc faire des allers-retours avec le « biz », son habitat primitif. Il essaie difficilement d’y modifier son nid-pro, fort des nouveaux savoirs acquis en amphi. Cela se fait pas à pas, il expérimente, mixe, propose, on sent la bête tâtonnante. L’amphi-biz a besoin de se sentir désiré et reconnu dans ses efforts d’acculturation, même si ce n’est qu’une phase de son existence. Il arrive qu’il renonce, trop de trajets, de doutes, d’urgences mais c’est assez rare. L’espèce est tenace, coriace, audacieuse même lui dit-on parfois. Il parait qu’ils sont nombreux et on promet davantage d’effectifs sur ces bancs souhaitables dans le futur. Plusieurs fois au cours de sa vie, cet amphi-biz qu’on appelle aussi humain devra s’adapter à un milieu de plus en plus hostile, quand il IA moins d’espoirs. Il choisira alors peut-être de retourner à l’école.




