Et si… lence [Uchronie]

Et si... lence.

Taisez-nous !

En 2050, le silence est revenu. Vingt ans plus tôt, quand l’institut Rockström de Stockholm a ajouté le silence aux neuf autres limites planétaires, ce fut un choc pour tous. Ce fut LE déclic. Subitement, l’humanité se rendit compte de sa démesure, elle découvrit que ses excès faisaient du bruit. On savait que nos dépassements compulsifs à l’air moderne et les hurlements assourdissants de nos mal-être étaient liés. Il a fallu faire taire nos petites voix intérieures, accumulatives et injonctives, et les grands bruits de roues, boostés à l’énergie fossile écrasant la biodiversité. Dedans comme dehors, tout s’apaisait. On se taisait pour s’écouter sagement. 

Silens Sapiens. 

Furtif de haut niveau

En redécouvrant les bruits de la nature, là, juste en bas de chez nous, nous retrouvions la santé et une acuité augmentée. Chaque jour, on se saluait d’un regard profond et inaudible, quelques secondes suffisantes pour vous mettre les larmes aux yeux. Les humains dorment mieux dorénavant, débarrassés des frictions et des insomnies, à l’écoute des rythmes naturels et de nouveaux rites personnels. La contemplation est le nouveau sport continental, l’émerveillement en est la médaille d’or. 

Fêtes tourner

Au dehors, les routes d’algue ont mis du calme dans les rouages de nos vacances allongées. A l’assemblée le bien-être est devenu une ressource capitale. Des milliards réapparurent à l’aune de décibels épargnés. Quelques lois ont été édictées, fondamentales : le droit au silence est inscrit dans le préambule de la constitution ; la présence à la nature, la méditation et le calme sont enseignés dès l’école mapaternelle. La fête de la convivialité, une sorte de chahut annuel, se ponctue toujours par une Ola de silence, en communion avec les autres vivants de la planète, célébrant nos liens de paix et de fraternité pour un tour gratuit de soleil en plus.

Ce texte a été rédigé collectivement, avec Sophie Bahé, Pénélope Linage, Guillaume Aper, à l’occasion de notre Lab Session à l’Institut des Futurs Souhaitables. Cet exercice, Signal Faible – Signal Fiable, a également été restitué en public le 3 décembre 2025. Voici le texte « joué » par nous 4 :

Marc (avec son bouquin à la main)

Je suis Marc. C’est moi qui ai initié ce mouvement à la fin des années 20. Mon livre « Et si… lence » est devenu un phénomène littéraire, puis sociétal. J’ai tout fait pour que le silence soit pris sérieusement en conte, des mille et une nuits, et des jours futurs aussi. Il ne s’agissait pas juste de faire taire des bruyants mais d’adopter la retenue, la prudence, la lenteur, le vent, les cimes qui balancent… calmer nos urgences. Adopter le silence. En nous, et hors nous. A l’écoute, les scientifiques, les historiens, les prospectivistes et les nouveaux économistes ont approuvé mon intuition, du bout des livres. Ils ont validé le potentiel tacite. D’économies d’années de vie en nouvel équilibre budgétaire, le pays y trouverait bientôt son Bonheur National Brut. La 10ème limite planétaire fut déclarée, lasse, aussitôt franchie, par l’humanité. Alors, nous avons voté les premiers. Pour ! Et nous taire.

Sophie (avec une affiche du référendum)

Je suis Sophie. Moi aussi, j’ai cherché le silence, à ma manière. J’ai suivi l’invitation de Cynthia Fleury à retrouver le chemin de l’expérience de la relation. Et puis, Marc m’a embarquée dans la campagne du référendum et je me suis laissée gagner par l’appel de la politique. Il fallait bien faire un peu de bruit pour gagner plus de calme et faire baisser la fièvre au front international. Ça ne s’est pas fait sans mal. Progressivement les bienfaits du silence ont trouvé leur place. Des centaines de milliards économisés grâce à une meilleure santé pour tous, une qualité de vie retrouvée avec la lente évaporation des nuisances trop sonores. La disparition des incivilités a bien aidé aussi, il faut le reconnaître. Le ministère du silence et des relations fécondes, que j’ai eu l’honneur de diriger pendant quatre ans, érigé au rang de ministère d’Etat, deuxième place dans l’ordre protocolaire, illustre bien LA valeur cardinale qu’est aujourd’hui le silence, celle qui fonde notre société.

Guillaume (avec une perceuse)

Je suis Guillaume. Conservateur amusé. Au musée, je collectionne les bruits, j’ai peur de perdre la mémoire auditive. Depuis 20 ans presque tout s’est tu, malheureusement. Mais il faut se souvenir, des éclats et des explosions. Moteur. Avion. Quel cinéma nous faisions. Je garde par exemple un appareil qui servait à déranger son voisin ! Si, si, un smartphone de 2021. Je suis spécialiste de l’époque « EUSE » : perceuse, tondeuse, souffleuse… Aaaahhh… Epoque heureuse. Mais je m’ennuie, personne ne vient me voir. Ou m’entendre plutôt. Ça n’intéresse plus personne tous ces audiquités. Ils n’en ont plus que pour leurs routes d’algues et leurs parasons. Ils ne font du bruit qu’une fois par an, et ils sont contents. Ils se « respectent ». Parfois, je me glisse au dehors par curiosité. Je prends garde de laisser au musée mon attirail. C’est pas si mal, leur truc là, en fait. Le Silence. Il faudrait que j’apprenne… retourner à l’éole.

Pénélope (avec un cahier d’enfant)

Je suis Pénélope. Enseignante à l’école Mapaternelle. Que j’aime mon métier ! Oui, c’est vrai, c’est un métier très valorisé de nos jours. Je crois que ça n’a pas toujours été le cas. Mais nous avons été essentielles : apprendre aux enfants à faire l’expérience du silence, à s’écouter, et prendre conscience d’eux-mêmes, des autres et de la nature. Non mais souvenez-vous, il y a 20 ans, on portait plainte contre les cours d’école, à cause du bruit ! Non, je suis admirative de nos bambins, ce sont eux qui ont appris aux anciens, la fameuse « Gen Z », à se concentrer de nouveau. Non vraiment, tenez, la contemplation leur plait tellement que, parfois, lorsqu’ils ont un émerveillement, ils n’en reviennent pas ! Et puis quelle acuité ! Dès trois / quatre ans ils reconnaissent presque 50 chants d’oiseaux différents. Ah tiens, la semaine dernière, ils ont appris ce poème de Victor Hugo…

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